Bureau Matador: la haine du formaté
Derrière ce bureau d’architecture peu conventionnel, on trouve aujourd’hui un duo, pour l’essentiel : Marc Mawet et Olivier Bourez. Depuis la décennie 90, ces deux Montois pure souche pratiquent une architecture éloignée du commercial standardisé et du clé sur porte. Cela leur réussit plutôt bien : un Award de l’Architecture belge en 2007, quatre Prix du Hainaut et quelques réalisations magistrales.
Leurs aspirations principales ? Fuir comme la peste les projets standardisés et régis par la seule rentabilité. «C’est peu compatible avec notre conception de l’écriture architecturale qui est d’apporter avant tout une bonne réponse, adéquate, à une situation donnée.» On retrouvera donc Mawet et Bourez sur le terrain de la maison particulière… très personnalisée. Mais parfois aussi sur celui des maquettes et exercices désintéressés, des commandes inabouties et des concours perdus.
Maisons très personnalisées
Dans le premier registre, les exemples sont d’abord hennuyers. Comme la maison d’artiste Cub’House adossée à une colline de Montigny-le-Tilleul (banlieue carolo) et la JaG’s House à Hyon, sur la route menant de Mons à Maubeuge. «Inscrit dans un extraordinaire paysage», cet autre cube blanc épuré faisant face à un terril a été couplé à l’exercice d’une profession libérale et à une annexe pour parent vieillissant. Ces deux derniers volumes tournent volontairement le dos à la rue, «car ce quartier mêle maisons très ordinaires, hacienda kitch et villa faux contemporain pour médecin»
Il faut aussi compter avec des petites rénovations ou extensions comme à Uccle, en banlieue chic bruxelloise, ou à Maurage (La Louvière). Dans ce dernier cas, le volume ajouté (cuisine et séjour) l’a été «pour un pote d’humanités, dans son jardin bordant un talus de chemin de fer très arboré». Composée de larges baies vitrées, de bardage en bois multiplex marin, de profilés et de tôles laquées noires en alu, cette extension complète une banale maison d’alignement au rez accueillant un magasin d’habillement.
Avec autant de réussite, les deux jeunes architectes montois ont transformé une clinique mutualiste à Frameries. Et aménagé, ici, un atelier d’une styliste, là, l’espace accueil d’un salon de coiffure ou encore l’incroyable car port Vrijdaghs à Wavre. Enchevêtrement de tubulures et de toiles tendues, celui-ci s’épanouit au milieu d’une pinède enrésinée. Sa structure spectaculaire rappelle l’un de ces radeaux des cimes conçus pour étudier faune et flore au sommet de la canopée tropicale !
Commandes publiques
Multipliant les participations aux concours et appels d’offre officiels, le duo s’est plutôt spécialisé dans des interventions majeures sur l’espace public. Eloignées des stéréotypes de la commande publique, elles intègrent, le plus souvent, jusqu’aux éclairages et mobilier. Un premier exemple historique se situe dans le parc scientifique Initialis aux Grands Prés à Mons.
Depuis ses débuts, Matador a en effet planché sur le sujet, après un premier galop d’essai, «une petite maternité d’entreprise réalisée en un mois et demi.» En bordure de l’autoroute vers Paris, les labos universitaires de pointe Materia Nova (recherches chimie-physique) et Multitel (télécoms avancés) offrent depuis une décennie un toit commun à une centaine de chercheurs, regroupant 8 services des UMH et Faculté polytechnique.
«Pour cette toute première vraie commande – on avait 28 ans – (Prix du Hainaut 1997), on a reçu un budget de 200 millions F provenant de fonds européens. On a réalisé un vaste vaisseau de 4.000 m2 fait de verre, de bardage métallique, de châssis en alu et de structures préfabriquées en béton. On l’a équipé de coursives extérieures en acier galvanisé. Cette façade-promenade était conçue pour faire circuler à l’air libre et se faire croiser ceux traditionnellement enfermés tout seuls dans leur labo comme dans une tour d’ivoire.»
En 2008, Mawet et Bourez ont remporté un quatrième Prix du Hainaut pour leur intervention magistrale dans la reconversion des Abattoirs classés de Mons en équipement culturel (y compris étables et frigo). Le système aérien pour véhiculer jadis les carcasses bovines y a été conservé, pour servir notamment de cimaises, pour accrocher les vitrines… Auparavant, les mêmes avaient transformé l’ex-école des Arbalestriers en Maison Folie, inspirés de ce que fit Lille aux quatre coins de sa conurbation lorsque la métropole fut décrétée Capitale européenne de la culture en 2004. Pour cela, Matador remporta l’Award de l’Architecture belge 2007
A Bruxelles désormais
Depuis plus de deux décennies, le terrain de jeu s’est concentré pour l’essentiel sur le Hainaut, avec une prédilection pour la Cité du Doudou, ses alentours et le grand Charleroi. Les deux Montois continuent «à se battre pour Mons. Fin 2008, on y a remporté un concours pour créer un éco-quartier - 150 logements sociaux - à côté de la future gare de Calatrava. Pour l’instant, tout est bloqué avec la crise.»
«C’est la même chose pour une programmation de 107 logements-commerces-parkings que nous allons réaliser avec le promoteur anversois Himmos sur la dernière parcelle vide de Mons, à côté du nouveau théâtre Le Manège. Nous délaisserons le blanc immaculé pour un monolithe de brique maçonnée avec un système de double peau, quelque chose proche du néoréalisme italien.»
Nourri au bon grain dans les écoles d’architecture La Cambre-Ixelles et l’ISAI de Mons, le duo a décidé de transférer son siège social à Bruxelles. Matador vient d’investir une partie de site industriel à Forest proche du Centre d’art contemporain Wiels, «au sein d’une association créatrice partagée avec des graphistes et des webdesigners.»
Dans la capitale, l’association Mawet-Bourez a déjà notamment signé la récente reconversion intérieure du Centre communautaire maritime de Molenbeek, voisin de Tour et Taxis. Là, dans une partie de ville réputée «difficile», l’ancien bâtiment commercial du géant de la cosmétique L’Oréal mêle sur 2.500 m2 activités intimistes et occupations à l’échelle du quartier.
Philippe Golard
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