Atelier démArche : le goût de la mise en scène
Depuis moins d’une décennie, l’atelier d’architecture démArche a installé sa base arrière à Waterloo. Pour le duo l’animant, ni morne plaine ni 1815 à l’horizon. Son traitement soucieux des occupants finaux et résolument contemporain de l’architecture a convaincu. De Hélécine et d’Orp-Jauche jusqu’à Ittre et bien au-delà.
Méticuleusement attentifs aux envies de l’occupant final «qui a le droit de choisir non seulement sa maison mais aussi d’y vivre comme il l’entend», Alexandre Sanz Mayor et Dominique Brasseur caressent une véritable prédilection pour le contemporain. Pour ce faire, les mêmes utilisent pourtant des matériaux plutôt traditionnels comme le … bois. «Ce moyen d’expression donne de la chaleur aux façades et constitue un bon signal d’entrée».
On trouve aussi très régulièrement zinc, verre et brique traditionnelle dans bien des projets, participations à concours - parfois inabouties - et réalisations de l’atelier waterlootois. Qu’il en aille de telle habitation familiale à Ittre suivant la courbe solaire ou d’un habitat groupé à Belgrade (Namur) «aux articulations contemporaines», ou encore des unifamiliale-crèche bientôt mises en chantier à Orp-Jauche.
«Nous aimons bien travailler la base volumétrique cognitive», souligne Alexandre Sanz Mayor. «De loin, nos volumes traités apparaissent simples. Plus on s’en rapproche, plus on intègre les subtilités contemporaines que nous avons imaginé. Les éléments en zinc, bois, brique, etc. servent de transition avant l’entrée dans un intérieur singulier. Nous aimons bien travailler par une approche plutôt scénographique de découverte des lieux».
Fuites visuelles
Sans se connaître, les deux architectes ont fréquenté l’école d’architecture Saint-Luc (Bruxelles) puis ont affuté leur pratique dans le même bureau, plutôt actif en aménagement du territoire. «Dans une profession à tant de contraintes, nous avons voulu nous épargner celle d’un patron». Le duo a alors commencé petit, parfois avec de très modestes espaces à traiter. Sans trop devoir se concerter, les deux créateurs de démArche y ont promu le luxe non des m2 mais de la perception de l’espace.
Un rituel s’est installé : «une étape de mise en jambe, de cogitation et de mûrissement chacun de son côté». Ensuite, le duo travaille le volume ensemble. «Par exemple, en multipliant des espaces qui s’empilent ou de grandes baies verticales créant des échappées, des fuites visuelles». L’atelier a toujours conservé cette marque de fabrique. On la retrouve ainsi dans l’unifamiliale doublée d’une crèche dont le chantier démarrera bientôt en auto-construction à Orp-le-Grand. «Le propriétaire est menuisier et va se faire aider par un ami charpentier compagnon du devoir».
Adossé à un terrain très difficile en talus, le rez + 1 y possède… six niveaux différents s’étageant à partir de la crèche à hublots à hauteur d’enfants installée en façade ! Pour créer les fuites visuelles chères à la conception de leur art, Brasseur et son acolyte n’y ont jamais créé aucune coupure entre deux niveaux. Côté rue, le bâtiment bioclimatique et basse énergie additionne revêtement brique (crèche), bois à hauteur du cube en bow-window (chambres) et panneaux noirs en résine thermodurcissable pour la partie sans soleil (distribution des circulations).
Architectes, pas constructeurs
La règle de conduite chez démArche est invariable : tout ce qui y rentre est divisé par deux. «On crée alors les équipes en fonction des besoins, des coups de chaud, des tâches qu’on n’aime pas faire comme rentrer le métré, s’occuper de la stabilité ou piloter les demandes nécessitant beaucoup de paperasserie». La méthode permet de se concentrer sur l’essentiel : «faire de l’architecture et pas uniquement de la construction». On la retrouve à l’œuvre aussi bien de Thorembais-Saint-Trond et Hélécine que d’Incourt à Wavre ou dans certaines communes de la capitale. Brabant wallon et Bruxelles sont en effet les terrains de jeu naturels de la petite équipe.
Encore en lien de subordination, l’aventure a originellement débuté par une promotion tertiaire de béton architectonique (3.500 m2 de bureaux occupés aujourd’hui par l’Awex, l’Agence wallonne à l’Exportation) et d’une trentaine de logements moyens dans un quartier bruxellois difficile, entre canal de Charleroi et gare du Nord. Très vite en roue libre, l’exercice s’est poursuivi en poussant quelques maisons de maître à dialoguer avec les espaces extérieurs à Jette et Schaerbeek ; puis en traitant les volumes supérieurs d’une maison uccloise ou en transformant encore une toiture en vaste volume intérieur à Waterloo.
Regard humain
Ailleurs, des terrains fortement escarpés ont livré d’eux-mêmes la solution. Ainsi le prodigieux projet, pourtant avorté, d’un espace conçu pour un éditeur dans un lotissement entre deux routes, le cimetière et la chaussée de Huy à Wavre. Outre le lieu de stockage à toit plat dans la partie haute du talus, il comptait un espace de vie privé spacieux (des hall d’apparat et salle de billard à la piscine intérieure) et une partie profession libérale, articulés entre eux par un bardage en lamelles de zinc. Ensuite, toujours à Wavre, démArche a repensé complètement une pharmacie, son espace commercial et les laboratoires.
«On a liaisonné deux bâtiments, dont le second abritait naguère le bureau d’un agent de change. La façade a été traitée tout en verticalité et visibilité. Tout le circuit intérieur en courbes a été pensé, lui, en portant un regard particulier sur l’humain : les utilisateurs sont souvent des personnes âgées, des mamans avec enfants, des chaises roulantes. On a aussi créé un espace intime patient-pharmacien pour y parler discrètement de ses bobos, de son eczéma, de ses problèmes sexuels. On ne fait pas de l’architecture pour nous. Il y a toujours une petite voix dans un coin de notre tête qui nous crie de ne pas marginaliser nos clients».
Philippe Golard
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