L’or noir des jardiniers
A l’évidence, la nature est bien faite : grosso modo, rien ne se crée, rien ne se perd, tout s’y transforme… Ainsi le compost, cette alchimie des déchets de cuisine, de jardin et de verger retourne systématiquement à la terre nourricière. Pour donner vie à de nouvelles essences, pelouses, plantes, fleurs et herbes sauvages.
Patience, technique et bon sens sont les trois maîtres mots d’un compost réussi. Tassant notamment les poubelles d’une fraction très importante de leur volume, ce microcosme alchimique transforme tous les déchets organiques de la maison et du jardin en or noir et brun. Tout bêtement, ceux-ci muent en éléments nutritifs, en humus aux senteurs de lisière forestière.
Cet humus permet d’aérer, d’améliorer et de fertiliser le sol des jardins, potagers, massifs, talus et jardinières. Pour un ménage moyen, bon an mal an, le sac gris sans tri sélectif contient quelque… 400 kg d’ordures à incinérer ou enfouir. Au poids, 32,5 % d’entre elles sont constitués par la fraction organique mêlant déchets de cuisine et petits déchets de jardin, qui pourrait être valorisée - avec un peu d’huile de coude dispensée avec régularité - sous forme de compost gratuit.
En réalité, celui-ci n’est que la reproduction accélérée, par la main de l’homme, de ce qui se passe naturellement à la surface du sol. Là, quantité de débris et déchets végétaux comme animaux se décomposent en permanence et synthétisent protéines, cellulose et bien d’autres constituants de milliards de macro- et micro-organismes. Des bactérie et champignon aux moindres animalcules et - les plus communs - petits vers de terre colonisateurs rouges, les Eisenia faetida.
Cycles de vie perpétuels
Décomposés, digérés et transformés, organismes et matières donnent naissance à un autre cycle de vie. Une partie constitue des éléments minéraux simples – carbone, azote, magnésium, potassium, phosphore – qui est stockée dans les sols pour y nourrir la végétation inculte ou maîtrisée de surface. L’autre partie forme l’humus, précieuse source de fertilité des sols eux-mêmes. De couleur noire ou brun foncé, de structure grumeleuse, ce compost constitue l’indispensable adjuvant d’un jardinage bio où aucun intrant chimique, pesticide ou herbicide n’a droit de cité.
La technique est simple si l’on respecte quelques règles élémentaires. D’abord, l’aire de compostage sera pratique d’accès (brouette,…) et protégée par palissage ou treillis «à poules» anti-taupe (prédatrice du ver). Le dispositif rendra les lieux tout aussi inaccessibles aux renards, rats et souris. Elle sera façonnée soit en silo en matériau de récupération – par exemple, quatre palettes de bois assemblées aux planches idéalement espacées pour assurer la circulation d’air –, soit se composera d’un ou plusieurs bacs. Voire, pour les petits jardins de ville, d’une compostière artisanale ou achetée en commerce, en jardinerie.
Le tas empile strates de déchets de cuisine, tontes (pelouse, haie, …), branchettes, feuilles mortes, fleurs fanées, orties, consoude et mauvaises herbes. La fraction organique domestique doit absolument exclure les déchets carnés. Elle est principalement constituée de restes de légumes, de fruits (pas d’agrumes), d’épluchures, de fanes, marc de café, sachets de thé, coquilles d’œufs, de moules, d’huîtres (à écraser). Idéalement, le compost doit mêler éléments secs et humides, en justes proportions. Les premiers peuvent être du papier carton sans encres ni additifs tels colle, film plastique, de la paille, des feuilles mortes sèches, du broyat de branches et branchettes, à l’exclusion de résineux qui retarderaient les bonnes fermentations.
Efficacité garantie
Cette zone déchets sera aménagée dans un endroit ombragé du jardin ou du verger. Les déchets doivent être en contact, par le dessous, avec le sol pour permettre à la fois entrées et sorties des micro-/macro-organismes, bonne ventilation et évacuation de l’humidité excédentaire. Pour aider le tout à fermenter en milieu aérobie, gage d’une bonne décomposition, on aère régulièrement le tas en le remuant à la fourche ou à la pelle, une fois par semaine. Fatalement, l’énergie s’y transforme en chaleur. Température idéale de «cuisson» : 60°C.
Pour les mêmes raisons, il faut aussi en vérifier la bonne humidité. Le volume du compost se réduit sensiblement et sa température fléchira alors de moitié. L’heure est venue pour mille-pattes, cloportes, vers de fumier, carabes, escargots, limaces, acariens, collemboles, bactéries et champignons. Chacun a son rôle d’assimilation et de transformation des divers éléments débouchant sur la phase de minéralisation du compost : eau, CO2 et minéraux nutriments.
Le rapport azote/carbone doit y être proche de l’équilibre ; ce qui est assuré par un bon mélange entre d’une part matières brunes sèches, souvent de consistance dure et gourmandes en azote, et d’autre part restes verts humides friands des composés carbonés. Outre l’apport de matières végétales, animales et organiques, il faut constamment de l’air et de l’eau, avec régularité (arroser en pluie en utilisant, par exemple, un arrosoir à pommeau).
Un compost trop gorgé d’eau empêchera l’air de circuler. A l’inverse, le mauvais positionnement (sous les vents, trop au soleil, …) de l’aire de compostage ou le fait de la rendre trop hermétique assèchera automatiquement ou ventilera mal cet or noir. Ce véritable «trésor des jardiniers» vaut aussi bien pour semis, nouvelles plantations, repiquages, amendements, couvertures de sol et lignes de légumes que d’autres développements.
Ph. G.
En savoir beaucoup plus :
Nature et Progrès Belgique vient notamment d’éditer «Le compost dans toute sa noblesse» (10,8 € ; 77 pages) de Béatrice Biebuyck-Barbay. Parfois militant jusqu’à l’agacement, l’ouvrage est pourtant bourré de conseils judicieux et survole aussi des composts particuliers : terreau de feuilles, biodynamie, broussailles-bois d’élagage, mulch, technique brf. Quelques pages sont consacrées au fait de composter en appartement, une toute autre aventure…
Renseignements : Nature et Progrès, www.natpro.be & natpro.librairie@skynet.be ; Tél. : 081 32 30 51.
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