Les plaisirs divers d’une cabane de jardin
Depuis quelques années, la mode des abris de bois perchés a véritablement explosé en Belgique. Sous bien des formes, la cabane «plaisir» multiplie ainsi ses réapparitions dans les espaces verts aérés complétant nos maisons. On ne la conçoit plus seulement en annexe de rangement d’un jardin à soigner : on la veut légère, décorée, soignée et, même, transformée en havre de paix pour y pousser plus loin la lecture ou la rêverie solitaire.
De chaumine, hutte et cambuse à resserre, abri- ou brise-vent, il existe près de 250 vocables pour désigner aujourd’hui la cabane, qu’elle soit de jardin, enfantine, abri, qu’elle serve de fausse résidence secondaire ou de maison d’amis, qu’elle soit perchée ou pas, ou qu’elle joue plutôt aux gloriette et véranda. Niché au cœur du paysage, ce nouveau lieu de liberté revient en force dans nos jardins, citadins comme campagnards. Dans un arbre, au bord d’une pièce d’eau, en fond de terrain ; et même, pourquoi pas, trônant au milieu d’un terrain de vacances.
On y gagne de la place ; on y range outils, matériel et mobilier ; on délègue le repaire aux culottes courtes ; on transforme la place en extension d’habitat. Surtout, on préfère désormais y domicilier ses rêveries, ses causeries ou ses moments de détente. Comment ériger ces prolongations de soi ? Le plus souvent, on fait appel à un artisan, passage obligé si l’on veut percher cette deuxième coquille bien à soi par exemple dans un arbre séculaire de la propriété.
Vincent Matthys est l’un de ces professionnels - encore assez rare en francophonie -, qui multiplie la construction de ces abris de jardin aux quatre coins de Wallonie et de Bruxelles. Né scie et fer à souder en main, cet ingénieur électronicien devait en principe s’occuper de la maintenance des outils de la Rtbf burundaise, dans le cadre de la coopération au développement. Ayant épuisé déjà divers métiers aux antipodes de ces horizons, ce fils de notaire s’est récemment reconverti dans le bois récréatif. Il a d’abord en effet construit une cabane avec âme et terrasse dans son jardin ; puis celle d’un ami ; ensuite celle d’un ami de l’ami.
Sa société Kazanou – du créole phonétique Kaz an nou, «notre case» – a ainsi tout de suite plongé dans le vif du sujet. Elle a à son actif une cinquantaine de petites maisons miniatures, généralement stylées, de Vielsalm à Keerbergen, de Binche à Awans. La conception n’a jamais varié : sur base d’aquarelles réalisées sur le site d’implantation, l’ingénieur bruxellois construit patiemment sur écran – à l’aide de logiciels de DAO en 3D –, puis en atelier et enfin sur place les divers profils.
Bases
Dans les produits estampillés ‘kazanou’, tout est en bois, à l’exception des fondations. Si, généralement, la pose, ailleurs, se fait directement sur une dalle en béton, le système diffère chez Kazanou : les fondations sont constituées le plus souvent de plots bétonnés et de barres d’acier. A leur tour, ces bases soutiennent la structure autoclave, laquelle porte plancher, murs, bardages et toiture. Ceux-ci sont bien souvent modelés en cèdre rouge, mélèze, épicéa, ipé et sapin.
Le choix de tel ou tel type de cabane (de jardin) est évidemment fonction des métiers qu’elle s’apprête à exercer : symbolique lorsqu’elle sert d’antre ludique, purement esthétique ou, au contraire, totalement fonctionnelle. Naturellement, le choix de sa taille est fonction de son utilisation. Enseignes de bricolage ou grossistes proposent à la vente plusieurs modèles préfabriqués. Si la cabane sert de lieu de rangement (outils, entreposage de matériels, …), sa taille sera raisonnable, de l’ordre de quelques m2 et dotée d’une simple porte d’accès.
Pour en faire une chambre d’amis ou une annexe habitée, les dimensions seront plus imposantes ; on posera fenêtres, une ou plusieurs portes, un tableau électrique, des arrivées-évacuations d’eau, des lieux sanitaires. Quels matériaux ? Plusieurs possibilités sont actuellement offertes par le marché : de l’acier aux PVC et polypropylène imitation bois, en passant par le bois. Plus esthétique et chaleureux, ce dernier est de toutes sortes : il existe un portail belge du secteur du bois - www.woodforum.be -, qui reprend une petite centaine de fiches techniques illustrées. De l’acajou d’Afrique au cèdre rouge.
Tout est concevable
Pour percher la maisonnette de ses rêves dans un arbre, il faut obligatoirement – pour des raisons de sécurité évidentes – faire appel à des sociétés spécialisées du type Kazanou. Mais, autant savoir, le prix final reste assez élevé. Récente réalisation insolite de Kazanou ? Une chambre d’hôtes additionnelle d’un B&B à Hœilaart, dont la construction est décrite, pas à pas et photos à l’appui, dans le livre Cabanes à construire ou à décorer (voir encadré ci-dessous).
«Moi et les proprios du B&B proche du ring cernant Bruxelles, nous nous sommes rencontrés au pays de Julos Beaucarne, au salon ‘Je suis au jardin’. J’y exposais certaines de mes cabanes. Eux vantaient les charmes de leur Bed & Breakfast.» Toutes les chambres des grands enfants partis ayant été reconverties, cette famille réduite à un couple a passé commande d’une chambre-cabane supplémentaire, non plus à percher mais à disposer en surplomb… d’étangs lagunes artificiels. Pour l’ériger, l’entrepreneur reconverti n’a utilisé que du bois.
«Le plancher extérieur de la coursive en ‘L’ et le sol de la douche, à l’intérieur, sont en ipé.» Bois exotique très dur et très résistant à l’humidité, «l’ipé va grisonner avec le temps, donnant cette patine qu’on retrouve en altitude dans les chalets suisses. Il ne se traite pas. Si les gens veulent conserver la teinte brun foncé de départ, ils peuvent l’imprégner d’huiles naturelles ; du colza par exemple.» Entretien ? Annuellement, il faut nettoyer à la brosse dure «et un bon savon de Marseille.»
Dans la cabane elle-même, le plancher a été conçu en épicéa, jointif. C’est du sapin traité «avec une sorte de lasure très résistante le colorant en plus foncé. Ce qui, à l’intérieur, fait plus propret façon Nouvelle Angleterre.» Cabane et péristyle reposent sur une structure autoclave de chevrons en bois. «Pour isoler», ces derniers ont été imprégnés en bains de produits spéciaux à haute pression. Portes et fenêtres peintes sont, eux, en sapin et meranti.
Les acteurs ont préféré le cèdre rouge canadien au mélèze, pour barder murs extérieurs et toiture. Sur celle-ci, le triple recouvrement de tuiles de cèdre a été assemblé par superposition de courtes planches, coupées en sifflet (triangle) et clouées. Utilisée surtout en Amérique du nord et au Canada, cette technique empêche toute rupture lors de la pose. Et jusqu’à tout ruissellement au cœur du bois posé, l’empêchant ainsi de se gorger d’eau. Plutôt appréciable sous nos climats particuliers.
Ph. G.
ENCADRÉ
A décorer, et même à construire
Malgré l’été finissant, beaux ouvrages et livres consacrés aux cabanes bourgeonnent et fleurissent ces derniers temps. Edité par Flammarion, l’un d’entre eux aborde ainsi les manières de les décorer mais aussi de les… ériger soi-même. Excepté si vous la voulez perchée. Les auteurs y disent tout, de l’élaboration du projet «sans fausses notes» à la construction finale : définir ses besoins ; choisir une implantation ; planifier son projet ; évaluer son budget. Ensuite, les mêmes font un détour dans la ronde des cabanes, vérandas et maisons d’amis (yourte et tipi inclus). Puis, ils en viennent à l’essentiel : l’acte de concevoir, les techniques et matériaux de base, les conseils - pas à pas - pour la construction en soi.
Cabanes, cabanons, vérandas, maisons d’amis à construire ou à décorer, Coll. La Maison rustique, Flammarion, décembre 2009, 160 p., 24,65 €.
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