TROIS DISCOURS
– Très attendu, le premier discours d’Emily Hoyos, présidente du Parlement wallon, nous a bien changé des rodomontades de ses prédécesseurs, les hyper-régionalistes Robert Collignon et José Happart. Les Fêtes de Wallonie, comme celles de la Flandre, sont l’occasion de bander ses muscles vis-à-vis de l’autre communauté. Gros titres des journaux assurés. Mais Emily n’a pas choisi cette voie : elle a même fait le contraire. « On nous prédit des bains de sang communautaires », a-t-elle dit. « A force de coups d’éclat médiatiques, de phrases assassines et de surenchères des uns et des autres, la situation reste figée. Eh bien, il est de temps de dire, ou de redire, que la Wallonie n’a pas peur du dialoque avec les autres régions. Non pas par arrogance, mais parce qu’elle est sûre qu’un fédéralisme mûr et moderne ne mènera pas à la fin de la Belgique mais à la construction d’un Etat fédéral plus abouti. » Un discours mûr et réfléchi. Résultat : peu d’écho dans les grands médias. D’où ce modeste coup de chapeau ici même.
– Autre moment attendu : le discours du bourgmestre du samedi matin, juste avant l’apéro, qui est devenu avec le temps une sorte de discours sur « l’état de la nation ». J’ai apprécié que Jacques ait beaucoup parlé de la langue wallonne, des Namurois, de la visibilité que mériterait Namur, des agriculteurs, et peu de politique, même s’il a lancé un « geste confraternel » vis-à-vis de ses prédécesseurs. « La politique est tolérée en nos Fêtes, si elle se contente de la place qui lui est impartie dans les discours », a-t-il souligné. J’adhère ; voilà qui nous change du hold-up commis sur les Fêtes sous l’ancienne législature.–
– Et puis il y a l’homélie de l’Abbé Malherbe. Quel grand moment. Comme il nous ramène vers le vrai, le simple. Je vais résumer très fort ce qu’il a dit, en gardant ses expressions : pour l’Abbé Malherbe, l’homme occidental est devenu « pourri-gâté ». C’est un homme sans repères qu’a dépeint l’Abbé : « Quand une babiole de Yves-Saint-Laurent est vendue 7 millions d’euros, je n’entends personne moufter. Idem pour les montants de transferts du Real Madrid. Alors les politiciens, les banquiers, les économistes sont responsables de la crise, mais c’est nous les premiers responsables car nous avons laissé faire. » L’homme est à présent placé devant une alternative : ou continuer à avoir plus (quitte à ne plus savoir pourquoi) ou accepter d’avoir moins.
– Les Fêtes de Wallonie étaient politiques cette année. Dans le bon sens du terme.
Ma phrase préférée cette semaine
« Je suis arrivé exprès en retard au discours d’Emily Hoyos »
(José Happart dans La Meuse)
BILLET D’HUMEUR - par Diederick Legrain (chef d’édition de la Meuse-Namur)
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