Connards de riverains
Atenor est ce promoteur qui, comme Goldorak, est venu du ciel pour « rendre du sens à la ville » (je cite sa pub). Comment ? En rasant les batiments du port du Bon Dieu, là où Collot a tenu boutique pendant vingt ans, là où c’est moche. Cela dit, dans le tas, il n’y a pas que des hangars, il y a aussi un fleuriste, des gens qui habitent et même une maison de caractère. Atenor ne comprend pas que ces connards soient si attachés à leurs briques pourries. Son boss me l’a dit un jour en interview : « Nous rachetons à bon prix leurs maisons qui sont si mal situées, à côté d’une chaussée et d’un pont de chemin de fer : ils veulent juste faire monter les enchères. »
Car c’est sur ce site sinistre et hyper bruyant, où les natures optimistes finissent par sombrer, si nous en croyons Atenor, dans l’abattement le plus profond, que ce promoteur envisage de construire 6 immeubles de 4 à 10 étages. 268 appartements en tout, et pas seulement au port du Bon Dieu mais sur tout le bord de Meuse jusqu’au rond-point de la plaine Saint-Nicolas. « Sans luxe tapageur, précise-t-il, mais ce sera « confort », ce qui a forcément un prix. » Ben oui, il doit bien bouffer, le pauvre. « Mais n’allez pas croire que c’est un juste un souci de rentabilité », explique pourtant Vers l’Avenir à ses lecteurs qui n’adhéreraient pas totalement à la politique urbanistique de la Ville. Il s’agit donc non pas de rentabilité mais de « densification urbaine », retenez le terme, on en reparlera un jour.
Et les riverains là-dedans ? Pour Atenor, ils seront gagnants. Son raisonnement est simple : si tu amènes 650 personnes au même endroit, il y aura forcément aussi : « un traiteur, un boulanger, une épicerie, un fleuriste, un libraire, un teinturier… » Et Atenor d’ajouter : « De quoi stimuler ce que nous appelons l’agitation urbaine. » Bref, les riverains, et ça c’est Vers l’Avenir qui l’écrit (et je n’invente rien), « devraient remercier l’investisseur ». Ce n’est hélas pas le cas pour l’instant : ils ont le mauvais goût de se plaindre que la vue sur la Meuse est un bien collectif qui sera accaparée par des plus riches qu’eux. « Ce qu’ils ne captent pas, répond Atenor, c’est que notre projet revalorisera leurs propres biens. » Et comme leur disait Gavroy en mai dernier: « De toutes façons, la vue, vous n’en profitez pas. » Allez, tous en chœur avec Vers l’Avenir : merci Atenor !
Maintenant qu’on a bien roulé les riverains dans la farine, je suis fort curieux de savoir comment l’autorité communale va expliquer que le projet-qui-n’existait-pas en mai dernier est prêt à faire l’objet d’une demande de permis. En fin de compte, j’en retire une leçon : à Namur, quand tu prévois de construire 7 ou 10 appartements en bord de Meuse, comme Iovleff ou Bouvier, l’échevin te traite comme un capitaliste assoiffé d’argent. Quand tu veux construire 268 appartements, tu es un agitateur urbain devant qui les portes s’ouvrent. Franchement on se fout de la gueule de qui ?
« Sur autoroute, le Range Rover Sport est le roi. Personne ne nous double et tout le monde se rabat en voyant le monstre arriver. » (Chronique auto du Trends-Tendances).
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Tout d’abord, “riverain” = habitant la rive au sens 1er du terme. On ne peut pas vraiment dire que les habitants de la plaine St-Nicolas habitent la rive de la Meuse. Ils n’en sont pas loin, mais quand même…
Ensuite, si, comme mon épouse et moi, vous approchiez des 60 ans et que vous deveniez tout doucement trop âgés d’habiter un très grand terrain à la campagne, qui, bien que magnifique, vous impose 5-8 heures de travail dur par semaine pour entretenir ce même terrain, des bus qui passent aux heures d’école quand ils passent, aucun commerce ni service de proximité, et j’en passe bien d’autres, peut-être seriez-vous aussi amené à chercher un appartement confortable et bien situé au centre-ville (ou à proximité immédiate).
C’est là que vous constateriez peut-être en toute objectivité la difficulté de votre quête. Et des gens de mon âge avec le même raisonnement, il en pleut. Rien que dans mes connaissances proches, je connais au moins quatre couples intéressés!!!
Alors pour une fois qu’un projet intéressant montre le bout du nez sans (trop) subir les foudres de Mr Gavroy, laissez aux seniors la chance de pouvoir se reloger décemment.
Quand à la maison de caractère (quel caractère, je vous le demande?), aux 3 ou 4 maisons qui tiennent encore debout on se demande comment, au fleuriste qui risque d’avoir 268 clients supplémentaires et au chancre industriel qui depuis longtemps sert de vue aux fameux “riverains”, oui, moi aussi je dis bravo au promoteur et espère l’aboutissement de ce projet!
Enfin, pour être objectif, le projet prévoit 5 immeubles de 3 ) 9 étages, et non pas 6 de 3 à 10 étages. Votre lecteur ne mérite-t-il pas une présentation objective?
Cordialement
Gérar Romainville
Si cette demande de permis aboutit, il ne restera plus aux habitants du Bon Dieu que de se faire racheter à vil prix leur maison pourrie et ensuite, de demander à être relogés gratos par Atenor dans un des 268 appartements de 4 à 6 étages…
Ces promoteurs, pavés de bonnes intentions, feraient enfin une bonne action et la pilule serait moins amère pour tous ces connars de riverains ! Chiche ?
Bonjour,
J’ai lu dans le Vlan ce week-end un article à propos du site du port Bon Dieu, utopie ou réalité?
J’ai été très étonnée, de voir que vous diffusiez des informations éronnées.
Vous soulignez que les maisons sont vides et que le hangar de matériaux Collot tourne à rien. Je voudrais réagir suite à votre article!
N’êtes vous sans doute pas au courant, qu’une société permet à des jeunes gens de louer ces endroits pour un loyer modique, justement pour que ces bâtiments ne restent pas vide. Le hangar de matériaux n’a jamais été aussi vivant, en effet les locataires y travaillent ainsi que leurs voisins, artistes sculpteurs, scénographes, peintres, jongleurs,etc. Ce système évite le squattage et le délabrement de cette zone.
Je vis là et vois d’un très mauvais oeil ce projet immobilier d’Atenor qui amènera le quartier à la gentrification, processus par lequel le profil économique et social des habitants d’un quartier se transforme au profit exclusif d’une couche sociale supérieure.
Le site du port Bon Dieu deviendra-t-il le nouveau quartier de la gare du midi à Bruxelles, où des dizaines d’habitants sont expropriés, pour laissé place à des bâtiments qui vous plongent dans l’obscurité quand vous arpentez les trottoirs adjacents, tant ces constructions sont hautes.
Pourquoi ne pas valoriser ces endroits et créer des espaces utiles aux citoyens ou aux personnes dans le besoin? Pourquoi toujours construire, raser, jeter les matériaux et reconstruire. Réhabilitons plutôt!
“les locataires y travaillent ainsi que leurs voisins, artistes sculpteurs, scénographes, peintres, jongleurs,etc. Ce système évite le squattage et le délabrement de cette zone”
Moi qui croyait qu’un squat c’était justement un vieux bâtiment rempli “d’artistes, sculpteurs, scénographes, peintres, jongleurs,etc…” !
“Le squat est l’action de s’installer ILLEGALEMENT dans un lieu inoccupé”.