Les gros z’ont qu’à payer

entete-billetdl.jpg     Ce qui se passe, ou plutôt ne se passe pas, au port du Bon Dieu est hallucinant. Petit résumé des épisodes précédents : en 2007, en début de législature, le trio Etienne-Barzin-Gavroy se positionne en faveur d’un déménagement du parlement wallon au port du Bon Dieu, idée lancée par Bernard Anselme après l’échec du projet Botta (comme quoi c’est dans les vieilles casseroles…) Eliminer le chancre du port du Bon Dieu était présenté comme une priorité de la majorité.
Je me souviens être allé interroger passants et députés aux abords du Saint-Gilles un jour de session parlementaire. Stupéfaction des passants sur l’air de « Quoi, ils n’ont pas encore compris ? » et de « Mais qui va payer ? » et enfin de « Les gros, z’ont qu’à payer de leur poche ». De l’autre côté, étonnement des députés sur l’air de « C’est vrai qu’on est à l’étroit mais on ne va pas se plaindre », et de « On a d’autres priorités que construire un nouveau parlement ». Va sur YouTube, tape « port du Bon Dieu » et tu visionneras un condensé des réactions de la rue et des « gros » que j’avais filmés à l’époque.
Ce micro-trottoir avait eu un certain impact : Arnaud Gavroy m’avait indiqué peu après qu’il fallait tenir compte de l’opinion publique et que donc, oui, il abandonnait l’idée. Puis, comme rien ne se passait, c’est un promoteur privé, Atenor, qui a pris la main au Bon Dieu avec son concept de « redensification de la ville » : rachat discret et à prix d’or des parcelles les plus importantes, projet de 33.000 mètres carrés d’appartements tout le long du halage entre le pont de chemin de fer et le rond-point de la plaine Saint-Nicolas. Fureur des riverains, communication exécrable de l’échevin a priori favorable (même le Collège n’était pas au courant), le tout sur fond de gros sous. Tout dernièrement enfin, je t’en ai parlé, Atenor annonçait que sa demande de permis de bâtir était prête.

    Dernière nouvelle : La Meuse vient juste d’apprendre que le ministre wallon Philippe Henri refusait d’approuver la demande de changement d’affectation du sol, préalable à toute construction de logement. La raison officielle est obscure : pour l’échevin Gavroy, c’est parce que Atenor n’était pas habilité à introduire cette demande, pour le cabinet du ministre, c’est l’administration wallonne qui tarde à remettre son avis, pour l’administration, c’est le ministre qui bloque parce que la Ville est contre le projet (bien qu’ayant remis un avis positif!), pour Atenor, c’est parce que le ministre et le Collège ne parviennent pas à s’entendre sur ce qu’il faut faire du Bon Dieu. Tu suis toujours ?
Là-dessus, Arnaud Gavroy déclare à La Meuse que la Ville va reprendre la main dans ce dossier, mais qu’il va falloir se concerter avec la Région, propriétaire d’une bonne partie du site et qu’à son avis les parlementaires ne voudront pas déménager et risquer de donner l’image d’un Parlement dépensier. Dans Le Soir par contre, Jacques Etienne propose au Parlement wallon de s’y implanter… dans dix ans (comprenne qui pourra).
Dans ces circonstances, il y a une chance sur un million que le Parlement prenne une nouvelle fois le risque de se prendre les pieds dans nos petites querelles politicaillonnes, comme sur le Botta, comme sur le projet Anselme. Morale de l’histoire : on a un parking à la con sur le Grognon et un vestige industriel au Bon Dieu. Aucun des deux ne risque de disparaître de sitôt. Et ils disent que c’était leur priorité…

La phrase de la semaine
« Au début les relations avec le PS étaient difficiles, ce qui peut se comprendre. » (Jacques Etienne, dans Le Soir)

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