La culture du non-débat
Début des années 2000, si tu te souviens bien, le politique avait remis au goût du jour le concept de « culture du débat ». Au départ outil dialectique propre aux communistes français, la culture du débat connaissait donc sa version belge, qu’on peut résumer en : culture de celui qui poussait la plus grosse gueulante. Après les gouvernements Dehaene marqués par les conclaves discrets, cette « culture du débat » fleurissait tout à coup dans les médias : le moindre désaccord idéologique au sein de la coalition pétait à la Une des journaux. Ils disaient : on ne s’engueule pas, on discute, et on se marrait.
Véritable laboratoire de la politique à la petite semaine, toujours à la pointe en matière de provincialo-conformisme, Namur est en train d’expérimenter une nouvelle figure de rhétorique politique : la culture du non-débat. En gros : plus c’est énorme, plus on ferme sa gueule. Tu veux un exemple ? J’ai.
Voici les faits : la semaine passée, le secrétaire politique du MR namurois, le dénommé Jacques Dal, vient me trouver. Il me dit : « Namur manque d’un projet politique. » Il ajoute : « A Namur, c’est le projet de carrière qui prime sur le projet politique. » Il conclut : « Le problème, c’est que chacun reste dans son petit coin et qu’il n’y a pas de vision globale. » Pour faire bonne mesure, je lui demande si les partis au pouvoir ont respecté le deal avec l’électeur de promouvoir l’éthique et la bonne gouvernance. Réponse : « Pour moi, non. » Au cas où tu n’aurais pas suivi mes 74 éditos précédents, je te rappelle, aussi surprenant que cela paraisse, que la majorité communale à Namur est composée du CDH, d’Ecolo… et du MR.
L’interview passe dans La Meuse. Cela occasionne des rumeurs et des fureurs, qui me reviennent comme assourdis par quelque brume marine (rappelons que le fameux trois-mâts vogue sur tous les flots). Je veux en avoir le cœur net : j’appelle Anne Barzin, échevine MR la plus haute en grade. « Je n’ai pas de commentaire, désolée. » J’appelle Jacques Etienne (et apprécie au passage qu’il me prenne toujours au téléphone malgré mes billets incendiaires) qui me dit : « Je comprends que tu veuilles faire mousser cet interview mais franchement il ne s’est rien passé. » Un commentaire sur les propos du mec ? « Non. »
Alors je raccroche, je ponds un premier édito qui paraît le lendemain dans La Meuse. Et puis trois jours plus tard, me voilà, chez moi, à réfléchir avec mon meilleur cigare. Avec le recul d’un dimanche alangui et de sombres ruminations sur mes propres faiblesses, j’ai envie de juger mes amis les politiques avec un peu de bonhomie, voire de nonchalance. Mais je tousse : j’y parviens pas ! Voilà un type, Jacques Dal, qui dit tout haut ce que certains pensent tout bas. Il dit que cette coalition est un échec, voire un leurre. Et il est même pas dans l’opposition, mais membre d’un parti de la coalition. Et tout ça pour quoi ? Rien. Silence. Les chiens aboient, la caravane passe. Tiens, ça sonnerait bien pour votre prochain slogan de campagne !
Ma phrase de la semaine
« José Happart criait fort mais je ne suis pas sûre qu’il se faisait respecter. » (Emily Hoyos, présidente du Parlement wallon, dans La Meuse)
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Salut Diederick ! A défaut d’expresso (snif)… Ne penses-tu pas que si tu avais posé les mêmes questions à des zélus plus “engagés”, les réponses auraient été plus percutantes ?
C’est vrai que nous ne votons pas pour nous entendre dire “no comment’ !
“No comment” : tout un programme !
La culture du non débat à Namur : une évidence ! Sauf à définir le mot “débat” comme la somme de disputes, marchandages, coups bas et réalisation de « petits » objectifs (très) personnels. C’est à en pleurer tant c’est éloigné de l’image que doit donner une majorité politique ! Pour s’en rendre compte, il suffit d’évoquer les réunions du Collège, les projets ou les discussions budgétaires. Soyons francs, l’absence de vision d’avenir, le mépris, la démagogie et l’individualisme président à toutes les décisions du Collège. Les exemples relayés dans ton « billet d’humeur » en sont une preuve. Derniers exemples en date : le recours introduit par les syndicats et le budget qui sera bientôt voté. Tout y est, tout est dit et l’avenir est plombé. Au réveil du citoyen, il sera trop tard mais ce n’est que le résultat du non débat ! Reflex